Charlotte de Lorraine, Seigneur de Bois Sainte Marie

La vie à Versailles

Charlotte de Lorraine, fille de Louis de Lorraine-Harcourt, comte d'Armagnac (1641-1718), Grand écuyer de France et de Catherine de Villeroi (1639-1707) naquit le 6 mai 1678, son père était le second comte d'Armagnac1.

Célèbre pour sa beauté, elle mena d'abord une vie de courtisane à Versailles et fit partie de toutes les fêtes données par le Roi à Marly, pour son plaisir et pour maintenir sa noblesse dans les honneurs. Le couple formé par ``Monsieur le grand'' et Madame la comtesse d'Armagnac vivait dans un grand appartement à Versailles où l'on jouait à la table de jeu à toute heure de la journée. La famille était fort jalousée par les nobles moins bien en cour.

Les projets de mariage pour Mademoiselle affluèrent à Versailles. Charlotte manqua d'abord d'épouser le duc de Saint Simon en 1695. Des projets avec Jean François Paul de Créquy, le duc de Lesdiguière2, puis avec le margrave de Anspach ne se concrétisèrent pas, ce dernier était blessé de la trop grande familiarité qui existait entre Charlotte et le duc de Villequier. En 1703, puis 1705, il fut question d'épouser le duc de Saint Pierre, puis le prince d'Elboeuf. En 1706 elle refusa un nouveau parti. Louis XIV s'opposa par la suite à son union avec le fils illégitime Louis Alexandre (1678-1731), comte de Toulouse, qu'il avait eu de Madame de Montespan. Le Roi, pour faire plaisir à Monsieur le Grand qu'il a toujours eu en haute estime, proposa un mariage avec le grand duc de Toscane. Mademoiselle se rendant compte de l'éloignement que causerait ce mariage avec un homme déja fort âgé et conseillée par sa mère qui l'adorait, refusa et dit au Roi qu'elle préférait ``l'honneur d'être sa sujette''3.

La châtelaine du Brionnais

La châtellenie royale de Bois-Sainte Marie a été engagée depuis la chute de Dun à diverses familles. François de la Madeleine outre la terre de Ragny possédait une partie de la seigneurie de Bois, l'autre avait été aliénée au Sieur de Chantemerle4. On trouvera dans la Mémoire Brionnaise l'article de A Guittat portant sur la châtellenie de Châteauneuf la liste des successeurs : les seigneurs du Banchet5.

Rappelons que le dernier duc de Lesdiguières Jean François Paul de Créquy mourut en 1704, en instituant sa mère Paule Françoise Marguerite de Gondy légataire universelle. C'est cette dernière qui aliéna, le 19 juillet 1704, les biens de son fils à Mademoiselle de Lorraine, cousine du duc de Lesdiguières par sa mère Catherine de Villeroi. Charlotte hérita donc d'un domaine assez étendu qui regroupait outre Bois Sainte Marie, Curbigny (Drée qui s'appelait alors la Bazolle) et Châteauneuf, une partie de Propières avec le château de la Farge et Maizilly ; l'enregistrement fut fait à Dijon en 17056. La châtellenie de Bois Sainte Marie regroupait six paroisses, entières ou partielles : Bois (225 habitants), Châteauneuf (230), La Clayette (1000), Gibles (1120), Saint Maurice les Châteauneuf (1100), Semur en Brionnais (400)7

La terre de Ragny revint au cousin de Charlotte: Hercule de Neuville, duc de Villeroy qui la vendit en 1717 à Guy de Saint-Agnan.

Au décès du Roi Louis XIV, Charlotte eut à souffrir de sa célébrité, on assurait qu'elle entretenait de coupables relations avec ses serviteurs. Cet écart de conduite, s'il était commun dans la noblesse, était impardonnable entre une femme d'un si haut rang et un roturier. Elle fut donc envoyée en exil sur ses terres pendant près de trente ans à la Bazolle et à la Farge. Au Banchet à chateauneuf, on leva les scellés qui avaient été apposés sur la salle du trésor dans la tour, pour que la princesse puisse entrer en possession des titres et des bijoux8. A la Bazolle, en 1718, Claude Tramay, charpentier de Curbigny, fournit les portes pour l'entrée des archives et la chambre y joignant, pour la sécurité des papiers de son Altesse, le 14 décembre 1719, le Sieur Hilaire Perret reçut les clés et une procuration en qualité de juge châtelain ; ce pouvoir lui fut cédé par le Sieur André de Fontenay, bourgeois de Paris, fondé de pouvoir de son altesse Mademoiselle Charlotte de Lorraine, princesse d'Armagnac, dame engagiste des châtellenies de Bois Sainte Marie et Châteauneuf, comtesse de la Bazolle, le Banchet et la Farge. Mademoiselle de Lorraine s'installe donc à la Bazolle, où elle du s'ennuyer fortement, si éloignée de la cour. Elle entreprit la visite de ses fermes, rendit la justice à Maizilly dans une tour aujourd'hui disparue, que la mémoire locale situerait au bas de l'église actuelle. Elle reprit les procès avec les chanoines de Beaujeu pour les terres de la Farge et refusa de payer la dîme ; rien de changé depuis le premier duc de Lesdiguières.

En 1725, Bernard de Noblet9, en faveur duquel le Roi a érigé la Baronnie de La Clayette10 en Comté intente un procès à la princesse, pour les honneurs et la haute justice sur l'église et le cimetière de Curbigny11. Le prince Charles, frère de Charlotte et Grand Ecuyer de France, fit intervenir le Lieutenant Général de Mâcon pour faire une enquête rétrospective. Après avoir écouté quarante témoins pour la princesse et douze pour le seigneur de La Clayette, après avoir étudié les terriers des deux seigneuries depuis la guerre de 100 ans, justice est rendue à son Altesse la princesse d'Armagnac, en 1738 ; elle garda ses droits sur la dite église et le cimetière de Curbigny et continuera de faire rendre justice par ses officiers sous l'orme le plus proche de l'église.

La princesse s'est installée à Châteauneuf en juillet 1740, elle y convoqua les assises des tenanciers de ses domaines qui se tinrent en 1743, sous la direction du capitaine et juge châtelain Gabriel Ducarre, né en 1715 à Saint Maurice. Ce dernier épousa d'ailleurs le 23 février 1746 à Châteauneuf Pierrette Thivend, fille de l'avocat au parlement et Bourgeois de Lyon Pierre Thivend qui vivait avec sa femme Benoîte Lespinasse à Cours. La princesse assista à la cérémonie et l'on trouve sa signature au bas de l'acte rédigé dans les registres paroissiaux.

Le retour à Paris

Après ce passage tourmenté dans le Brionnais et le Haut Beaujolais, la princesse vendit toutes les seigneuries, droits et terres qu'elle possédait en Mâconnais, Beaujolais et Lyonnais, le 3 mars 1748, au comte Etienne de Drée, chevalier, seigneur de Verpré, Barnay, Moulin le Bost, Viry, la Sarraudière etc... moyennant la somme de 300.000 Livres 12. Son Altesse la princesse Charlotte de Lorraine se retira en son hôtel de la rue Sainte Anne à Paris, où elle mourut le 21 janvier 1757. Le reste des domaines et droits réunis sur les dernières terres de la châtellenie de Bois Sainte Marie a été acquis par Gilbert de Drée, Marquis, Chevalier, comte de la Bazolle, baron de Châteauneuf, seigneur de Verpré, Barnay, Moulin le Bost, Viry, la Sarraudière etc... lors d'une vente aux enchères, le 6 septembre 175713. En contre partie, le Sire Gilbert de Drée cèda sa terre de Sérandet à Issy l'Evêque au Sieur Pierre Mollerat de Verpré, habitant de Perrecy, le 27 août 1757 pour la somme de 70.000 Livres. La famille de ce dernier seigneur garda sa terre jusqu'en 1932.

Ainsi, après tous ces procès, dressés contre le chapitre de Beaujeu, les seigneurs voisins, disparaissait la princesse d'Armagnac, et ainsi allait s'effacer peu à peu le souvenir dans notre contré du passage de Charlotte de Lorraine, parente des duc de Lorraine.



Les armes de la famille de Lorraine sont en fait celles du Roi René d'Anjou. La famille de Lorraine Harcourt issue des ducs d'Elboeuf ajoutent une bordure de Gueules à l'écu des Guise et les comtes d'Armagnac chargeaient cette bordure de huit Besans d'or. Ces armes se lisent ainsi :

Parti de trois traits, coupé d'un, ce qui fait huit quartiers :
sur le tout de Lorraine : d'or à la bande de gueules chargée des trois alérions d'argent.
Louis de Lorraine (1641-1718), comte d'Armagnac, de Charny, de Brionne, vicomte de Marsan, Chevalier des Ordres du Roi, Grand Écuyer de France, Sénéchal de Bourgogne et Gouverneur d'Anjou naquit à Paris, le 7 décembre 1641, il mourut le 13 juin 1718. Louis épousa Catherine de Neuville, Dame du Palais de la Reine Marie-Thérèse, fille puînée de Nicolas de Neuville, duc de Villeroy et de Marguerite de Créquy, décédée en 1707 à 68 ans.

Ils eurent quinze enfants dont :

  1. Henri II(1661-1712), comte de Brionne, vicomte de Marsan, Chevalier des Ordres du Roi, né à Paris, le 15 novembre 1661. Mestre de camp d'un régiment de cavalerie de 1684 à 1688, reçu le 25 février 1677 Grand Écuyer de France, en survivance de son père, il mourut le 3 avril 1712. Il avait épousé, le 23 décembre 1689 Marie-Madeleine d'Espinay, fille unique de Louis, marquis d'Espinay-Duretal et de Broons et de Marie-Françoise Cousin de Saint Denis, morte le 12 décembre 1714. Ils eurent pour enfants Louis (1692-1743), prince de Lambesc, comte de Brionne et de Braine et Marie-Louise, appelée Mademoiselle de Brionne (1693-1724). Ils sont à l'origine de la branche de Lambesc,
  2. François Armand (1665-1728), Docteur en Théologie de Paris, Abbé de Royaumont, de Châtelier et Saint Faron, Primat de Nancy, sacré Évêque de Bayeux le 5 novembre 1719,
  3. Camille (1666-1715) dit le prince Camille, Maréchal de Camp des Armées du Roi, Grand Maître de la Maison de Lorraine. Il assiste au siège de Phillipsbourg en 1688, et les années suivantes avec un régiment de cavalerie. Fait lieutenant général des armées. Fait Grand Maréchal de Lorraine en 1704, il était Grand Maître de la Maison de Lorraine, il meurt à Nancy en décembre 1715, célibataire,
  4. Philippe (1673-1677),
  5. Louis Alphonse Ignace, dit le bailli de Lorraine, Chevalier de Malte, Chef d'escadres des Armées Navales du Roi (1675-1704). Il servit donc sur mer de 1690 à 1692 et fut tué à la bataille de Malaga le 24 août 1704,
  6. Anne Marie (1780-1712), Abbé de La Chaise Dieu,
  7. Charles (1684-1753), } dit le prince Charles, comte d'Armagnac, Chevalier des Ordres du Roi, Grand Écuyer de France, inhumé aux Capucines, place Vendôme, épousa le 12 mai 1717 Françoise Adélaïde de Noailles, née le 1er septembre 1704, fille aînée d'Adrien-Maurice, duc de Noailles, Pair et Maréchal de France et de Françoise Charlotte Amable d'Aubigné. Elle s'appelle, depuis la mort de son mari, Princesse douairière d'Armagnac, morte sans postérité,
  8. Marguerite (1662-1731) morte à Lillebonne le 7 décembre 1731,
  9. Françoise (1664- ) n'a pas vécu,
  10. Armande-Ferdinande (1668-1691) morte sans postérité,
  11. Isabelle 1671, morte au berceau,
  12. Marie (1674-1724), mariée le 19 juin 1688 à Antoine Grimaldi, duc de Valentinois, Prince de Monaco,
  13. Charlotte (1678-1757) appelée Mademoiselle d'Armagnac, c'est elle qui fut en exil pendant trente ans sur ses terres de Bois Sainte Marie.
  14. Marguerite (1680-1681).

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Footnotes

... d'Armagnac1
Le titre avait été repris par François 1er, il resta dans la famille royale jusqu'à Catherine d'Albret, soeur de Henri IV. Le père de Louis de Lorraine : Henri de Lorraine dit ``Cadet la Perle'' , le sauveur de Mazarin, fut créé comte d'Armagnac par Louis XIV en 1645.
... Lesdiguière2
Seigneur, entre autres lieux, de Bois Sainte Marie et la Farge (Propières)
...3
A de Boislisle, Mémoires du duc de Saint-Simon, Paris Hachette et Cie, 1897, http://galliga.bnf.fr
... Chantemerle4
Archives de Saône et Loire: B 1339.
... Banchet5
André Guittat, Chroniques de Châteauneuf en Brionnais, Mémoire Brionnaise, tome 6
... 17056
Archives de Dijon: B 10.813, B 10.980, B 10.923
...7
Terrier Drier de 1639
... bijoux8
Archives de Saône et Loire: B 2316, nombreuses pièces.
... Noblet9
Fils de Jean Léonor, chevalier, seigneur de Chenelette, gentilhomme du Mâconnais et de Claude de Ganay.
... Clayette10
Les terres et seigneuries d'Anglure, Montchanin, Mont-Geffon, Avaize, Grandvaux sont érigées en Marquisat par lettre patente de mai 1715, enregistrées au Parlement de Paris le 29 avril 1718 en faveur de Bernard de Noblet.
... Curbigny11
Archives de Saône et Loire: 2FA 167
...12
Henri de Chizelle, Les engagements du domaine de la couronne, Mémoire de la Société pour l'Histoire du Droit, Ed. universitaires de Dijon.
... 175713
Archives de Saône et Loire: E226

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Armand 2007-01-10