par Armand Accary,
La rivalité entre les deux châteaux : La Clayette et Châteauneuf fut introduite habilement par les Rois Capétiens, après la chute de Dun, en recréant non pas une, mais deux autorités judiciaires en la châtellenie royale de Bois Sainte Marie. Le vieux principe ``diviser pour règner'' n'est-il pas alors pleinement vérifié, si l'on constate les faits : Le Roi délègue ce droit d'exercer la justice aux deux descendances des familles La Madeleine et Chantemerle qui deviendront donc rivales.
Cette scission serait-elle exacerbée par François 1er:
Juste avant de tenir les assises générales de Curbigny en 1654, Messire Jean-Eléonord Damas, chevalier, haut et puissant Seigneur, baron de La Clayette, de Besne, de Clessy, de Sainte-Croix, Trémont et autres places avait dans son testament en date du 17 may 1653 donné sa terre de La Clayette à son frère Antoine de Damas. Il est fait mention de cette transmission de la terre lors du procès qu'intenta Mademoiselle d'Armagnac à Bernard de Noblet d'Anglure :
En cas de décès de Jean-Eléonord Damas, survenu sans qu'il n'ait de descendant mâle, le testament était substitué aux enfants du comte de Montperroux, son cousin issu de germains3. Cette substitution n'a été ouverte qu'en 1712 en faveur du marquis de Maubourg, comme héritier de sa mère, pour une portion de ses trois oncles, ainsi qu'il est justifié par la production du contrat de vente que le marquis de Maubourg a fait de cette terre à Monsieur le président4 Larcher en 1718.Il faut donc comprendre dans tout ce jargon juridique que Jean-Eléonor de Damas, n'avait pas d'enfant héritier et qu'il dû faire appel à ses neveux pour leur transmettre sa terre de La Clayette. Nous sommes alors au début du règne du Grand Roi Soleil. Il existe d'autres alliances entre la famille de Damas et celle de Montperroux. La terre de La Clayette a donc été revendue par un des descendants du marquis de Montperroux, à savoir le marquis de Maubourg. Le lien féodal qui unissait les tenants des terres au seigneur dû se relacher quelque peu, ainsi, c'est dans l'inter-règne de cette substitution que les officiers de la princesse d'Armagnac à La Bazolle ont pu former quelqu'entreprise sur la justice et les honneurs5 rendus au seigneur de La Clayette en l'église et le cimetière de curbigny, en abusant ou de l'inaction nécessaire des seigneurs de La Clayette ou de leur absence.
Bernard de Noblet, possédait des terres et une seigneurie à Anglure, Montchanin6, Montgeffon, Avaizé, Grandvaux. Il était fils de Jean-Léonord, chevalier, seigneur de Chénelette, gentilhomme du Mâconnais et de Claude de Ganay. Ces terres furent érigées en Marquisat par lettre patente de mai 1715, enregistrées au Parlement de Paris le 29 avril 1718 en faveur de Bernard. Le nouveau marquis de Noblet acquit ensuite la Baronnie de La Clayette, qui fut érigée en Comté par le Roi en 1730.
Le marquis va trouver ses droits contestés par les officiers de Charlotte de Lorraine, alors seigneur engagiste de Bois Sainte Marie7, c'est à dire héritière d'une partie de cette seigneurie par sa mère Catherine de Villeroi.
Deux personnes vont se montrer particulièrement assidues pour diriger les attaques contre Bernard de Noblet : Côme Louvrier et Messire Jean Bérard, curé de Curbigny. Louvrier avait été un fermier du comte de La Clayette, mauvais gestionnaire, il fut congédié. Le défaut du paiement d'une dette entraina le Comte à se pourvoir en justice en 1732. C'est en haine de ce procès que Louvrier a obtenu du Sieur de Fontenay, Intendant de la Princesse à Paris la conduite d'une enquête contre Bernard de Noblet. Quant au curé, il avait tenté de s'arroger la dixme sur des terres de La Clayette. Il écrivit une lettre injurieuse à la Dame de La Clayette : Antoinette Martin de Punétis, dans laquelle il se mettait au rang du Comte, quoiqu'il fut en fait un fils de berger. On trouve même dans les registres paroissiaux de Curbigny une note attestant du faux témoignage émis par le prêtre, dont il est fait mention dans les attendus du jugement :
Enguerrant procureur de Messire Jean Marc Berard prestre curé de Curbigny de Vers (?) déclare à Messire Monot procureur de Messire Bernard de Noblet, Chevalier seigneur de Chenelette Bessey que pour justifier du convenu (?) en ses sentences signifie le jourd'hui, il lui fait donner copie de l'acte mortuaire et sépulture d'un nommé estranger assigné (?) dans les bois des hapeloup, inhumé dans le cimetière de Curbigny et dont la levée avait été faicte par les officiers de Mademoiselle d'Armagnac le jour du 19 mars 1703 à ce qu'il n'en ignore dont acte. Le quatre juin 1730, jugé et donné copie à Messire Monot parlant a son Clerc dont acte à Mâcon.Comme nous l'avons signalé plus-avant, Bernard de Noblet avait acquit la terre de La Clayette du Président Larcher en 1722. Le seigneur voisin était à La Bazolle la princesse d'Armagnac. Descendante des princes étrangers de Lorraine, fille de Monsieur le Grand et de Catherine de Villeroi, elle était restée à marier, malgré plusieurs tentatives qui, toutes, échouèrent ; la dernière en date avec le Margrave de Anspach8. Une liaison jugée scandaleuse avec le duc de Villequiers lui avait même valu un exil à La Farge (Propières). Imbue de ses titres et placée à un si haut rang, son Altesse prêta une oreille attentive à ses représentants dans le Brionnais et intenta un procès à son voisin.
Prétextant tout d'abord de l'existance d'une peinture dans l'église, sur la muraille au fond du choeur, représentant les armes de ses prédécesseurs à La Bazolle : le très Haut et puissant seigneur, duc de Lesdiguières, la princesse fit installer le pilori sur la place du village et apposer ses armes dans l'église. le comte de La Clayette tenta un arrangement avec les officiers de la Princesse et avec son Altesse... En vain. Il dût aller en justice et fit enlever le dit pilori et l'écusson en question en 1726. Il transigea et une copie du jugement en date du 19 août 1726 fut adressée à Paris. L'affaire traîna plus de dix ans, finalement, la Princesse fit intervenir son frère, le prince Charles, substitué entre-temps à son père dans la charge de Grand écuyer de France, pour sommer le lieutenant général de Mâcon de faire une enquête rétrospective d'antériorité9. Un procès grand-guignolesque s'ensuivit, dans lequel on vit paraître quarante témoins (subordonnés) de la Princesse et douze en faveur du Comte, pendant l'été 1735. Des spécialistes locaux en droit furent nommés pour juger des terriers produits par les deux parties et un jugement fut rendu en faveur du seigneur de La Clayette a propos duquel la Princesse disait qu'il n'avoit jamais possédé aucun titre réel (de noblesse)...
Enfin, déboutée du procès, la Princesse qui avait eu également maille à partir avec le Chapitre de Beaujeu pour ses terres à La Farge (Propières) vendit tous ses biens titres et terres en Brionnais, Lyonnais à Etienne de Drée en 1748. Elle se retira en son Hôtel particulier de la rue Sainte Anne à Paris, paroisse de Saint Roch. Le Comte de La Clayette, rétabli dans ses droits resta dans ses droits en son château où ses descendants sont encore présents dans une demeure dont on admire la façade rénovée il y a plus d'un siècle....
Voici un rappel de généalogie, dans lequel, malheureusement ne figurent pas les Damas dont il est question à propos de la terre de La Clayette10. Les dates de naissance des personnes mentionnées sont absentes et il nous faudra rechercher dans les archives les ouvrages d'héraldique.
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A : Jean de Damas,
Marié en première noces avec Jeanne de Rochebaron,
dont est issue
Marié le 28 juin 1541, en seconde noces avec Jeanne de Lévis, fille de Gilbert, comte de Ventadour et baron de La Voulte, dont est issu
- Théophile.
- Jean. Marié le 7 septembre 1609 avec Antoinette Bouton de Chamilly, qui eurent :
- Léonore. Mariée le 29 septembre 1641 avec François-Léonor Palatin de Dio, comte de Montperroux dont ..X..
- Jean-Léonor, tué en 1654, siège d'Arras.
- Antoine.
- ... président4
- Président du Parlement de Dijon
- ... honneurs5
- à savoir, le droit d'accès au premier banc au côté droit du Choeur, pour recevoir les honneurs sous forme de l'eau bénite et la présentation du pain-béni.
- ... Montchanin6
- ou la seigneurie de La Garde à Saint Igny de Vers, qui elle était à la famille de Montchanin ?
- ... Marie7
- Archives départementales de S&L, 2FA 190, (2 pièces)
- ... Anspach8
- Voir les Mémoires de Saint-Simon
- ...9
- Le duc de Lesdiguières avait souvent usé de son pouvoir pour tourner la justice à son avantage, a propos de la dixme due au Chapitre de Beaujeu.
- ... Clayette10
- Tiré de l'ouvrage ``La Maison de Damas'' de Hubert Lamant, Ed Inter-Impression, 55100 VERDUN.
- ... Marie-Elisabeth11
- Elle reçut les terres de Montperroux et de Saligny de son frère François-Gaspard Palatin de Dio, faisant entrer ces terres dans la famille de Damas.
- ... Damas12
- Maréchal de camp, commandeur de l'Ordre de Saint-Louis. Entré dans les mousquetaires en 1686, il fit la campagne de 1688, près du dauphin, et se trouva aux sièges de Philisbourg, de Manheim et Franckental, se trouva à la bataille de Fleurus le 1er juillet 1690, au siège de Mons et au combat de Leuze en 1691, au siège de Namur et au combat de Steinkerque en 1692. Nommé mestre-de-camp d'un régiment de cavalerie de son nom le 8 janvier 1696, il combattit à l'affaire de Nimègue, au siège de Kehl et à l'attaque des lignes de Stolhoffen en 1703 et fut créé brigadier-de-cavalerie le 2 avril de cette année. Il servit sur le Rhin de 1705 à 1707 et combattit à Oudenarde en 1708. Il vendit sa terre de Montigny en 1700.
- ... 169813
- marié le 20 mars 1727 avec Madeleine Angélique de Gassion, dont
A. Jean-Pierre, né le 4 mars 1734, décédé le 5 septembre 1800, château d'Anlézy (s.p.) (à l'âge de 66 ans). Il vendit la terre de Roquefeuil le 14 mars 1775, celle de Castelnau le 24 novembre 1775, celles de Sassangy et le reste le 17 mars 1792. Député de la noblesse du baillage de Nivernais et Donziois en 1789. Marié le 4 avril 1758 avec Michèle-Perrette Le Veneur de Tillières.
B. Marie-Jeanne-Angélique-Thérèse, née en 1737, décédée le 28 octobre 1748 (à l'âge de 11 ans).
C. Louis-Alexandre-Victoire, né le 19 février 1738, décédé - Dijon.
D. Louis-François, né le 18 février 1739.
D'après Hubert Lamant, ``La Maison de Damas'' ; Ed Inter-Impression, Verdun 55100.