L'ouvrage de pierre est situé sur la ligne de Chemin de Fer LOZANNE-PARAY le MONIAL, il a été édifié sur les plans de MM. MORRIS et POUTHIER, par l'entreprise VEYSSEYRE frères.
Le moellon brut de granit provient d'une carrière ouverte sur la commune d'Anglure-sous-Dun, à environ 4 km. du viaduc.
Les moelons de bossage, des parements, des tympans, des douelles des grandes voûtes proviennent des carrières de Senozan (près de Mâcon).
Les moellons lités pour extrabossement des grandes voûtes provenaient : partie de Senozan, partie de Saint-Maurice. La pierre de taille et les libages (1) sont de Villebois (Ain).
La chaux a été fournie exclusivement par les usines du Teil (Ardèche).
Le sable a été pris dans plusieurs carrières de gore (granit en décomposition) des environs, la plus importante située à 2 km. du chantier. Le gore était utilisé après concassage, tamisage, puis lavage dans 3 lavoirs établis sur le chantier du viaduc et alimentés en eau par une dérivation du Mussy, prise sur le canal d'amenée de la menuiserie AUCOURT.
Les matériaux de provenance lointaine (chaux, pierre de taille, etc ) arrivaient par une voie ferrée en gare de La Chapelle-sous-Dun (à 8 km. environ du viaduc) et étaient acheminés par des attelages de boeufs jusqu'au lieu dit "La Roche Coupée" sur la route La Clayette-Chauffailles où ils étaient entreposés à 2 km. environ du viaduc.
Pour les amener jusqu'au chantier, ainsi que pour acheminer les autres matériaux, on construisit 7 km. de voie ferrée Decauville (1m. d'écartement).
Les déblais des fondations, sortis par des grues à vapeur ou des treuils actionnés par des locomobiles, étaient conduits aux lieux de dépôts par une voie de 0,50 m.
La plus grande partie des fouilles, ainsi que 18.000 m3 de maçonnerie des fondations sont exécutés pendant l'année 1892.
Le mortier nécessaire est fabriqué au centre des travaux par 3 malaxeurs mus par une locomobile de 16 CV et transportés aux chantiers sur des voies de 0,50 m.
Les socles des piles ont été élevés jusqu'à 12,50 m. à l'aide de grues à vapeur. Pour la construction des grands fûts de 46 m., on utilisa 5 passerelles mobiles en fer, reposant sur des piles par des vérins à commande manuelle, l'une d'elle large de 4,40 m. servant spécialement à la réception des matériaux. On éleva d'abord des piles côté du bourg de Mussy, puis les passerelles furent descendues et posées sur des socles côté Chauffailles.
En 1893, les fondations ont été terminées, une grande partie des piles élevées et 2 voûtes construites, soit en tout 28.000 m3 de maçonnerie.
Pour la construction des voûtes, les matériaux étaient montés au niveau de la plate-forme de la voie par un plan incliné (350 m. de long, pente moyenne 0;165 par m., pente maximum 0,220, treuil de 25 CV installé sur le remblai derrière la culée côté bourg de Mussy), puis transportés sur un pont de service établi au-dessus des cintres démontables. Les matériaux étaient descendus du pont de service sur les cintres à l'aide de descend-charge à main, mais dont le remontée s'effectuait automatiquement.

En 1894, les piles et les voûtes ont été terminées et au printemps 1895, on a posé les plinthes et achevé les travaux accessoires.
Le coût d'ensemble de la construction a été de trois millions de francs-or.
Pendant les travaux, on n'a déploré qu'un accident mortel : le 10 mars 1894, un jeune maçon tombait d'environ 17 mètres de haut, de la pile N° 14, sur le chemin du Ragin.

Le creusement du tunnel de Mussy, près du cimetière et de la tranchée de Montega, en direction de La Clayette, exécutés en 1896, 1897 et terminés en 1898 causèrent la mort de deux ouvriers, tués par des éboulements.
C'est la même entreprise VEYSSEYRE frères, qui construisit le viaduc de Gothard sur le Sornin, tout près de La Clayette, sur cette même ligne Lozanne-Paray-le-Monial.
La voie fut livrée au service de l'exploitation au début de Septembre 1900.